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 Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...

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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Mar 5 Oct 2010 - 21:52

HAMM : A part ça, ça va ?
CLOV : Je ne me plains pas.
HAMM : Tu te sens dans ton état normal ?
CLOV (agacé) : Je te dis que je ne me plains pas.
HAMM : Moi je me sens un peu drôle ! (Un temps) Clov.
CLOV : Oui.
HAMM : Tu n'en as pas assez ?
CLOV : Si ! (Un temps) De quoi ?
HAMM : De ce... de cette... chose.
CLOV : Mais depuis toujours. (Un temps) Toi non ?
HAMM (morne) : Alors il n'y a pas de raison pour que ça change.
CLOV : Ça peut finir. (Un temps) Toute la vie les mêmes questions, les mêmes réponses.
HAMM : Prépare-moi. (CLOV ne bouge pas.) Va chercher le drap. (CLOV ne bouge pas.)
CLOV : Oui.
HAMM : Je ne te donnerai plus rien à manger.
CLOV : Alors nous mourrons.
HAMM : Je te donnerai juste assez pour t'empêcher de mourir. Tu auras tout le temps faim.
CLOV : Alors nous ne mourrons pas. (Un temps) Je vais chercher le drap. (Il va vers la porte.)
HAMM : Pas la peine. (CLOV s'arrête.) Je te donnerai un biscuit par jour. (Un temps) Un biscuit et demi. (Un temps) Pourquoi restes-tu avec moi ?
CLOV : Pourquoi me gardes-tu ?
HAMM : Il n'y a personne d'autre.
CLOV : Il n'y a pas d'autre place.
(Un temps)
HAMM : Tu me quittes quand même.
CLOV : J'essaye.
HAMM : Tu ne m'aimes pas.
CLOV : Non.
HAMM : Autrefois tu m'aimais.
CLOV : Autrefois !
HAMM : Je t'ai trop fait souffrir. (Un temps) N'est-ce pas ?
CLOV : Ce n'est pas ça.
HAMM (outré) : Je ne t'ai pas trop fait souffrir ?
CLOV : Si.
HAMM (soulagé) : Ah ! Quand même ! (Un temps. Froidement) Pardon. (Un temps. Plus fort) J'ai dit pardon.
CLOV : Je t'entends. (Un temps) Tu as saigné ?
HAMM : Moins. (Un temps) Ce n'est pas l'heure de mon calmant ?
CLOV : Non. (Un temps)
HAMM : Comment vont tes yeux ?
CLOV : Mal.
HAMM : Comment vont tes jambes ?
CLOV : Mal.
HAMM : Mais tu peux bouger.
CLOV : Oui.
Hamm (avec violence) : Alors bouge ! (CLOV va jusqu'au fond du mur, s'y appuie du front et des mains.) Où es-tu ?
CLOV : Là.
HAMM : Reviens ! (CLOV retourne à sa place à côté du fauteuil.) Où es-tu ?
CLOV : Là.
HAMM : Pourquoi ne me tues-tu pas ?
CLOV : Je ne connais pas la combinaison du buffet.

Samuel Beckett, Fin de partie.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Mar 5 Oct 2010 - 22:13

« Comme dit Gide dans Les Faux-Monnayeurs, je suis "bâti sur pilotis: ni fondation, ni sous-sol". La terre se dérobe sous mes pieds, je lévite sur coussin d'air, je suis une bouteille qui flotte sur la mer, un mobile de Calder. J'ai voulu me fondre dans le décor tel Zelig, l'homme-caméléon. Oublier sa personnalité, perdre la mémoire pour être aimé: devenir, celui que les autres choisissent. [...] Je suis une fome vide, une vie sans fond. Mon nom est personne. »

Un roman français, Frédéric Beigbeder
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Jeu 28 Oct 2010 - 2:37

Tant que les mots viendront il n'y aura rien de changé, voilà les vieux mots lâchés encore. Parler, il n'y a que ça, parler, s'en vider, ici comme toujours, que ça. Mais ils tarissent, c'est vrai, ça change tout, ils viennent mal, mauvais, mauvais. Ou c'est la crainte d'en arriver aux derniers, d'avoir dit son compte, avant la fin, non, car ce sera là la fin, la fin du compte, pas sûr. Avoir à gémir, sans le pouvoir, aïe, mieux vaut se restreindre, guetter la bonne agonie, elle est trompeuse, on croit y être, on se met à hurler, on revit, bienfaisants hurlements, plutôt se taire, c'est le seul moyen, si l'on veut crever, pas piper, crever craquant d'imprécations rentrées, éclater muet.

Textes pour rien. Samuel Beckett.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 27 Nov 2010 - 19:07

CLOV (tristement). ─ Personne au monde n'a jamais pensé aussi tordu que nous.
HAMM. ─ On fait ce qu'on peut.
CLOV. ─ On a tord.

Un temps.

HAMM. ─ Tu te crois un morceau, hein ?
CLOV. ─ Mille.

Un temps.

HAMM. ─ Ça ne va pas vite. (Un temps.) Ce n'est pas l'heure de mon calmant ?
CLOV. ─ Non. (Un temps.) Je te quitte, j'ai à faire.
HAMM. ─ Dans ta cuisine ?
CLOV. ─ Oui.
HAMM. ─ A faire quoi, je me le demande.
CLOV. ─ Je regarde le mur.
HAMM. ─ Le mur ! Et qu'est-ce que tu y vois, sur ton mur ? Mané, mané ? Des corps nus ?
CLOV. ─ Je vois ma lumière qui meurt.
HAMM. ─ Ta lumière qui ─ ! Qu'est-ce qu'il faut entendre ! Eh bien, elle mourra tout aussi bien ici, ta lumière. Regarde moi un peu et tu m'en diras des nouvelles, de ta lumière.

Un temps.

CLOV. ─ Tu as tort de me parler comme ça.

Un temps.

HAMM (froidement). ─ Pardon. (Un temps. Plus fort.) J'ai dit, Pardon.
CLOV. ─ Je t'entends.

S. Beckett - Fin de partie.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 27 Nov 2010 - 19:42

LOUIS. - Après ce que je fais,
je pars.
Je ne reviens jamais. Je meurs quelques mois plus tard,
une année tout au plus.

Une chose dont je me souviens et que je raconte encore
(après j'en aurai fini) :
c'est l'été, c'est pendant ces années où je suis absent,
c'est dans le sud de la France.
Parce que je me suis perdu, la nuit, dans la montagne,
je décide de marcher le long de la voie ferrée.
Elle m'évitera les méandres de la route, le chemin sera plus court
et je sais qu'elle passe près de la maison où je vis.
La nuit, aucun train n'y circule, je n'y risque rien
et c'est ainsi que je me retrouverai.
A un moment, je suis à l'entrée d'un viaduc immense,
il domine la vallée que je devine sous la lune,
et je marche seul dans la nuit,
à égale distance du ciel et de la terre.
Ce que je pense
(et c'est cela que je voulais dire)
c'est que je devrais pousser un grand et beau cri,
un long et joyeux cri qui résonnerait dans toute la vallée,
que c'est ce bonheur-là que je devrais m'offrir,
hurler une bonne fois,
mais je ne le fais pas,
je ne l'ai pas fait.
Je me mets en route avec le seul bruit de mes pas sur le gravier.

Ce sont des oublis comme celui-là que je regretterai.


Epilogue(s) de Juste la fin du monde et de Le Pays lointain (un même monologue de fin pour les deux œuvres) de Lagarce
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 27 Nov 2010 - 20:00

Elle retenait son souffle et, rigoureusement immobile, attendait.

Ça se rapprochait.

Ça pouvait se produire d'un instant à l'autre.

Comme lorsqu'on entendait un orage arriver. Il y avait le silence de l'attente, puis l'infime alourdissement de l'atmosphère tandis que la perturbation balayait le pays de ses sautes d'humeur, ses ombres et ses nuées. Le changement exerçait sa pression sur les oreilles et l'on était suspendu dans l'attente de l'orage imminent. On commençait à trembler. Le ciel se plombait, se colorait ; les nuages s'amoncelaient ; les montagnes viraient au gris fer. Les fleurs encagées exhalaient de légers soupirs avant-coureurs. On sentait frémir ses cheveux. Quelque part dans la maison, l'horloge vocale chantait : « C'est l'heure, c'est l'heure, c'est l'heure... » tout en douceur, simple tapotement d'eau sur du velours.

Et puis l'orage. L'illumination électrique, les trombes d'eau sombre et de nuit retentissante s'abattaient, tels les barreaux d'une éternelle prison.

Chroniques martiennes, Ray Bradbury.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 27 Nov 2010 - 21:12

Dès le moment où je cherchais à jouer contre moi même, je me mis inconsciemment au défi. Le noir que j'étais rivalisait avec le blanc que j'étais aussi, chacun d'eux devenait avide et impatient en voulant gagner la pensée de ce que je ferais en jouant avec les blancs, me donnaient la fièvre quand je jouais avec les noirs. L'un des deux adversaires qui étaient en moi, triomphait, et s'irritait à la fois quand l'autre commettait une erreur ou manquait d'astuce.
Tout cela paraît dépourvu de sens, le serait en effet s'il s'agissait d'un homme normal vivant dans des conditions normales.

Stefan Zweig - Le Joueur d'échecs
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Arc en ciel gris

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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Dim 19 Déc 2010 - 4:15

Alice : Père, suis-je folle?
Père d'Alice : Oui, je crois bien que tu es totalement déboussolée, mais je vais te confier un secret, Alice, la plupart des gens bien le sont.

Alice au Pays des Merveilles
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Mer 19 Jan 2011 - 19:36

La fille se tourna vers moi.
" Vous êtes marié, vous? "
Je sortis de mon portefeuille la photo d'une ravissante femme, au visage jeune sous des cheveux blancs, et je la lui montrai. J'étais tombé amoureux de ce visage plus de cinq ans auparavant et je l'avais découpé dans un magazine. Une réclame pour un frigidaire. J'avais toujours cette photo avec moi. C'était la liaison la plus réussie de ma vie entière.
" Elle a l'air très belle, me dit la fille. Vous devez être drôlement heureux. Vous avez des enfants?
- J'ai une fille, qui est mariée à un éleveur de moutons en Australie. " Quand on n'a pas de fille, rien ne vous empêche de la marier à un éleveur de moutons en Australie. Je fus soudain envahi par un puissant sentiment de réalité et par l'impression d'avoir les pieds solidement sur terre, si bien que je me demandais si je reverrais un jour ma fille. D'immenses espaces à ciel ouvert où paissaient des moutons. Au cours de mes années de lutte et de combat, j'ai vu tellement d'endroits et une si grande partie du monde, j'ai tué tant de gens pour si peu que le seul espoir qui me reste, c'est que ma fille qui n'existe pas, mariée au type qui n'élève pas de moutons en Australie, jouisse de la paix et du bonheur.
" Des moutons, répéta la fille, des millions de moutons qui paissent. Que c'est beau. "
Elle avait les larmes aux yeux.

A bout de souffle, Romain Gary
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Lun 7 Fév 2011 - 23:57

LE CLIENT
Je ne crains pas de me battre, mais je redoute les règles que je ne connais pas.

LE DEALER
Il n'y a pas de règles; il n'y a que des moyens; il n'y a que des armes.

LE CLIENT
Essayez de m'atteindre, vous n'y arriverez pas; essayez de me blesser : quand le sang coulerait, eh bien, ce serait des deux côtés et, inéluctablement, le sang nous unira, comme deux indiens, au coin du feu, qui échangent leur sang au milieu des animaux sauvages. Il n'y a pas d'amour, il n'y a pas d'amour. Non, vous ne pourrez rien atteindre qui ne le soit déjà, parce qu'un homme meurt d'abord, puis cherche sa mort et la rencontre finalement, par hasard, sur le trajet hasardeux d'une lumière à une autre lumière, et il dit: donc, ce n'était que cela.

LE DEALER
S'il vous plaît, dans le vacarme de la nuit, n'avez-vous rien dit que vous désiriez de moi, et que je n'aurais pas entendu?

LE CLIENT
Je n'ai rien dit ; je n'ai rien dit. Et vous, ne m'avez-vous rien, dans la nuit, dans l'obscurité si profonde qu'elle demande trop de temps pour qu'on s'y habitue, proposé, que je n'aie pas deviné?

LE DEALER
Rien.

LE CLIENT
Alors, quelle arme?


(fin de) Dans la solitude des champs de coton, Koltès
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Raindrope

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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 26 Fév 2011 - 4:38

,


Dernière édition par Raindrope le Mar 6 Mar 2012 - 4:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 26 Fév 2011 - 10:49

Il n'y a pas de liberté. Personne n'est libre. Cette discussion sur la liberté n'a aucun intérêt. La seule liberté c'est de suivre le hasard. Quand on suit le hasard on n'est pour rien dans ce qu'on fait. C'est ça la liberté. On est libre, on n'a rien décidé.

Leslie Kaplan
- Fever
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Trash Khan

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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 26 Fév 2011 - 13:42

Joker a écrit:
Il n'y a pas de liberté. Personne n'est libre. Cette discussion sur la liberté n'a aucun intérêt. La seule liberté c'est de suivre le hasard. Quand on suit le hasard on n'est pour rien dans ce qu'on fait. C'est ça la liberté. On est libre, on n'a rien décidé.

Leslie Kaplan
- Fever

"Les Français ont choisi de ne pas choisir. Je dois donc respecter leur choix"

Kermitterrand, dans Le bébête show
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Dim 13 Mar 2011 - 13:56

- You ever have, like, a wild animal trapped in your house ?
- Not that I can recall, no.
- We did, this one time, back when it was my aunt's house, back before she died of cancer. Possum. Big, freaky-looking bitch. Hey, since when did they change it to opossum ? What's up with that ? I mean, when I was coming up, it was just possum. Opossum makes it sound like he's Irish or something. Why they gotta go changing everything ? Whatever. They're just big rats anyways, giant pink-tailed rats with their pink rat faces, totally freaky, like alien rats. Actually, it's not so much that he got trapped, but he was living there, under the house. You could hear him going from, like, room to room, always scurrying around. Sometimes I'd see him outside at night, and he would just, you know, freeze. And it's like you're not looking right at it. Right ? I mean, it thinks it's fooling you. That's what they do. They play dead or whatever. It's just so lame.
- Is there a discernible point to this story, a point that you'll be arriving at sometime in the near future ?
- It was just a total bitch to get out. It took forever. A guy came, set all these traps and all, and he finally got it, but my aunt, she didn't believe it. She kept insisting she could still hear the thing. I mean, you could not tell her any different. She started keeping an old umbrella by her chair. Man, she would just bang on the floor and yell at it, even gave it a name. It was, uh, Sc... Scrabble. Yeah, that was it. "Scrabble, just knock it off." Bang, bang, bang. She got like that toward the end. Got obsessive about stuff. Just got mad about stuff.
S03E10, Breaking bad.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Lun 14 Mar 2011 - 6:40

Soi sage au ma douleur
Tu reclamais le soir, il descend le voici.

baidelaire
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Mar 22 Mar 2011 - 20:22

Donna Noble : How about you... are you all right ?
The Doctor : I'm always all right.
Donna Noble : Is "all right" special time-lord code for... really not all right at all ?
The Doctor : Why ?
Donna Noble : 'cause I'm all right too.

Forest of the Dead, Doctor Who.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Mer 23 Mar 2011 - 22:00

    C'était sa main qui était à l'origine de tout. Il sentit cette main, puis l'autre, le débarrasser de son manteau qui alla échouer par terre. Il tendit son pantalon au dessus d'un gouffre et le laissa tomber dans le noir. Ses mains avaient été contaminées, et bientôt ce seraient ses bras. Il sentait déjà le poison gagner ses poignets, ses coudes, ses épaules, puis sauter d'une omoplate à l'autre telle une étincelle entre deux pôles. Ses mains étaient prises de fringale. Et ses yeux commençaient à avoir faim eux aussi, comme s'il leur fallait absolument voir quelque chose, n'importe quoi, tout.

    [...]

    La sérénité, Montag. La paix, Montag. A la porte, les querelles. Ou mieux encore, dans l'incinérateur. Les enterrements sont tristes et païens ? Eliminons-les également. Cinq minutes après sa mort une personne est en route vers la Grande Cheminée, les Incinérateurs desservis par hélicoptère dans tout le pays. Dix minutes après sa mort, l'homme n'est plus qu'un grain de poussière noire. N'épiloguons pas sur les individus à coups de memoriam. Oublions-les. Brûlons-les, brûlons tout. Le feu est clair, le feu est propre.

Ray Bradbury, Fahrenheit 451
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Ven 25 Mar 2011 - 15:35

Moi, si j'étais à ta place, je ferais des sommations à l'infini, je lèverais ma barricade jusqu'au dernier étage du ciel, je ferais une révolution complète, je voudrais tout savoir, tout tenir, tout prendre ; je ne ferais pas grâce au ciel d'un paradis ; je ne lui permettrais pas de me cacher un enfer ; je me mettrais à même l'abîme, je ferais de mon cerveau l'engloutisseur de Dieu. Je me donnerais la formidable bouchée de l'infini ; je serais un immense et terrible Gargantua d'étoiles, un colossal Polyphème de constellations, de tourbillons, et de tonnerres ; je boirais la jatte de lait de la Voie Lactée ; j'avalerais les comètes ; je déjeunerais de l'aurore ; je dînerais du jour et je souperais de la nuit ; je m'inviterais, splendide convive, au festin des gloires, et je dirais à Dieu : Mon hôte. Je me ferais une faim magnifique, une soif énorme ; et Silène des mondes, je courrais dans l'espace ivre de sphères et chantant la redoutable chanson à boire de l'éternité, joyeux, radieux, sublime, les mains pleines de grappes d'astres... et le visage pourpre de soleils ! Je ne laisserais pas une étoile vide, et à la fin du festin, je roulerais sous les cieux illuminés !

(extrait des Tables tournantes de Jersey, Hugo)


ne rien savoir.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Dim 27 Mar 2011 - 20:53


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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Dim 27 Mar 2011 - 23:52

Retour à Fin de partie, (toujours de) Beckett:


CLOV (regard fixe, voix blanche) - Fini, c'est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. (Un temps.) Les grains s'ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c'est un tas, un petit tas, l'impossible tas. [...]

[...]

HAMM - C'est moins gai que tantôt. (Un temps.) Mais c'est toujours comme ça en fin de journée, n'est-ce pas, Clov ?
CLOV - Toujours.
HAMM - C'est une fin de journée comme les autres, n'est-ce pas, Clov ?
CLOV - On dirait.
Un temps
HAMM (avec angoisse.) - Mais qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qui se passe ?
CLOV - Quelque chose suit son cours.

[...]

HAMM - C'est d'un triste.

[...]

CLOV - [...] (Il monte sur l'escabeau, braque la lunette sur le dehors.) Voyons voir... (Il regarde, en promenant la lunette.) Zéro... (il regarde)... zéro... (il regarde)... et zéro. (Il baisse la lunette, se tourne vers Hamm.) Alors ? Rassuré ?
HAMM - Rien ne bouge. Tout est...
CLOV - Zér -
HAMM (avec violence). - Je ne te parle pas! (Voix normale.) Tout est... tout est... tout est quoi ? (Avec violence.) Tout est quoi ?
CLOV - Ce que tout est ? En un mot ? C'est ça que tu veux savoir ? Une seconde. (Il braque la lunette sur le dehors, regarde, baisse la lunette, se tourne vers Hamm.) Mortibus.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Lun 28 Mar 2011 - 21:18

"La mémoire n'est pas la vérité. La conscience n'est pas la vérité. Le réel n'est pas la vérité. Ce que nous percevons n'en est qu'un fragment, une interprétation trop humaine de quelques conséquences, sans qu'il nous soit possible d'estimer le faisceau complet des causes, des facteurs et des possibilités. Il est impossible de résoudre une équation en n'en voyant que le résultat. Nous sommes de piètres mathématiciens. Nous sommes des savants aveugles prétendant disséquer le monde et l'analyser au microscope, découpés en milliards de lamelles humectées d'une gouttelette d'eau colorée. Nous ne voyons rien. Nous ne savons pas voir."

"On dit que l’espoir fait vivre, c’est peut-être vrai, je m’en moque : ce qui est sûr, c’est qu’il ne fait pas exister. La colère si."

Tuer le temps, Nimzowitsch X
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Poudriere

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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Dim 3 Avr 2011 - 17:35


Citation :
Si les enfants veulent tous devenir astronautes, c'est pour se barrer de cette terre où ils devront vivre toute leur vie.
Ensuite ils grandissent, oublient la NASA à cause d'un 5 et demie en math. Ils écoutent du black-métal et vomissent la bière vendue par packs de trente. Ils se haïssent eux-mêmes sans trop savoir pourquoi.
Le Lycée leur apprend les modalités de l'échec, de l'humiliation, de la clope, et du suicide. Ceux qui auront leur BAC se ruineront en malibu-coca. Puis, le soleil éclaire un peu plus leur chemin.
Ils voient un peu mieux l'avenir parce qu'il n'y en a pas. Ils se psychanalysent eux-mêmes en découvrant que tout ça, ce n'est peut-être pas seulement de leur faute.
Alors on se met à faire de la politique. Un autre monde est possible. Le changer serait tellement cool. Ils achètent des T-shirts avec des étoiles rouges, et trouvent le mot "révolution" très beau, ça ressemble à revolver, mais surtout à évolution.
Ils arrêtent de manger du MacDo, refusent d'être français, ne regardent plus la météo; de toute façon demain... Il pleuvra...
Le doute se mèle à leur tentatives, vaines, forcément; pourquoi refaire le monde, puisqu'il va péter.
Et puis ils se rendent compte que boire une bière fraîche avec une belle brune, c'est pas si mal. Le regard d'une fille vaut mieux qu'un combat perdu d'avance. L'amour pas la guerre, ce genre de conneries. On emmerde une denière fois la société, puis on revend son poster du Che.
Cette fille devient notre femme, la bière fraîche devient notre bide.
On s'entasse dans un meublé qu'il faudra payer. Un boulot et puis une bagnolle, avec l'ouverture centralisée et la clim en option.
On économise pour Noël, il y a un peu de soleil à la plage...
On devient gros, moche, aigri; les p'tis cons arrêtent des jouer dans notre pelouse, et on se souvient qu'avant on avait des projets.
On se souvient...
On était jeune, plein d'idées, tout ça pour rien... Parce que maintenant, on attend comme tout le monde son abonnement au programme télé; alors, avant de mourir, on va voir son petit fils. Il veut devenir astronaute.
Deviens le, c'est ta seule chance.
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Lun 23 Mai 2011 - 17:12

I've met God across his long walnut desk with his diplomas hanging on the wall behind him, and God asks me, "Why?"
Why did I cause so much pain?
Didn't I realize that each of us is a sacred, unique snowflake of special unique specialness?
Can't I see that we're all manifestations of love?
I look at God behind his desk, taking notes on a pad, but God's got this all wrong.
We are not special.
We are not crap or trash either. We just are.
We just are, and what happens just happens.
And God says, "No, that's not right."
Yeah. Well. Whatever. You can't teach God anything.


Fight Club - Chuck Palahniuk
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Ven 10 Juin 2011 - 16:14

"Hier ? Ennuyeux ! Les bureaucrates habituels."
[...]
"Pauvre de toi. Ces raseurs ! Je ne sais pas comment tu fais pour les supporter."
Je ne perçus aucune ironie dans sa voix. Et c'était là autre chose qui m'étonnait : tout le monde se moque des fonctionnaires, des bureaucrates, des ronds-de-cuir et des tigres de papier. Or c'est bien ce que nous sommes ! Mais chaque employé se prend pour un artiste et un anarchiste, une âme libre, un être qui dissimule sa folie et ne connaît ni norme ni contrainte. Le royaume des cieux fut un jour promis à chacun de nous et personne ne veut comprendre qu'il fait partie depuis longtemps de ceux auxquels il n'a jamais voulu appartenir, qu'il n'y a plus rien d'exceptionnel en lui et que c'est précisément le sentiment d'être différent qui fait de lui un cas banal.

[Daniel Kehlmann, Gloire (Comment j'ai menti et je suis mort)]
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   Sam 25 Juin 2011 - 2:53

"C’était un type qui passait ses journées à se secouer les poux des cheveux. Le toubib lui dit qu’il n’avait pas de poux dans les cheveux. Après être resté huit heures sous la douche, debout sous l’eau chaude à souffrir le martyre, heure après heure, à cause de ses poux, il sortait et se séchait, et il trouvait encore des poux dans ses cheveux ; en fait, il en trouvait partout. Un mois plus tard, il en avait dans les poumons… "

Philip K.Dick, Substance Mort
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MessageSujet: Re: Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...   

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Vous, en quelques paroles de cinéma/théâtre/roman...
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